Lorsqu’on cherche des conseils d’écriture pour se lancer dans l’aventure d’écrire un roman, on trouve une multitude de méthodes, parfois contradictoires. Les essais littéraires sur l’art d’écrire et les ouvrages de narratologie sont riches en enseignements mais ont pour inconvénients d’être longs et complexes à appréhender. Il n’est alors pas toujours évident d’en extraire des conseils clairs et facilement applicables.
C’est pourquoi nous avons rassemblé dans cet article 15 des meilleurs conseils d’écriture de roman à connaître pour se lancer et progresser en écriture. Que vous soyez écrivain·e débutant·e ou confirmé·e, auteur·rice architecte ou jardinier·ère, ces principes vous aideront à mieux construire vos histoires et affirmer votre style.
Les 15 conseils d’écriture à suivre pour écrire un roman
1. Lisez beaucoup et de manière analytique
La lecture vous inspire non seulement de nouvelles histoires à raconter, mais vous aide aussi à vous imprégner de la mécanique d’un récit. C’est en observant comment vos romans préférés sont écrits que vous comprendrez comment on bâtit une scène ou un chapitre.
2. Commencez par pratiquer l’écriture créative
Débuter en écriture directement par la rédaction d’un roman peut s’avérer être un exercice difficile. Parce que cela implique de maîtriser à la fois la construction d’une intrigue et de développer un style qui vous est propre. Au travers d’ateliers d’écriture créative, il est plus simple et formateur de commencer par écrire des textes courts, des fragments et des nouvelles pour exercer votre plume et trouver votre style.
3. Écrivez sur un thème qui vous tient à coeur
Écrire un roman est long et demande de la rigueur et de la persévérance sur plusieurs mois. Le secret pour garder la motivation est de baser votre histoire sur un thème qui vous passionne et sur lequel vous avez quelque chose à dire. Si vous avez un combat, un point de vue à faire entendre, vous pouvez même écrire un roman engagé.
4. N’attendez pas l’inspiration : faites de l’écriture une habitude
L’inspiration est fluctuante et l’écriture pour le loisir peut rapidement passer au second plan dans un quotidien bien chargé. Résultat : vous écrivez trop peu souvent et perdez le fil de votre récit entre deux sessions d’écriture lorsqu’elles sont trop espacées. Le secret des auteur·rice·s productif·ve·s réside dans le fait de ne pas attendre d’avoir de l’inspiration ou un moment libre pour s’adonner à l’écriture. Créez une vraie habitude en instaurant un moment dédié à cette activité, ne serait-ce qu’une fois par semaine, toujours au même horaire. La routine d’écriture vous permet de fluidifier votre écriture et de déclencher votre créativité.
5. Ne recherchez pas l’originalité de l’intrigue à tout prix
Comme on dit, « toutes les histoires ont déjà été écrites, mais pas par vous ». Beaucoup d’intrigues se ressemblent sur certains points, et pourtant, ne lassent pas forcément les lecteur·rice·s. Preuve en est : les tropes de la romance, par exemple, sont devenus de vrais arguments de vente. L’originalité ne réside parfois pas forcément dans l’intrigue, mais plutôt dans la façon dont l’histoire est structurée et racontée. Mais aussi dans le message qu’elle véhicule, ou encore le style de l’auteur·rice. Trouvez ce qui fait la singularité de votre roman.
6. Montrez la scène, ne la racontez pas (« Show, don’t tell« )
C’est l’un des conseils d’écriture les plus connus, et il mérite vraiment la peine d’être suivi. Montrer une scène comme si elle se déroulait devant nos yeux en mentionnant des détails, des actions, des sons et odeurs, est ce qui rend un récit vivant et immersif. C’est ce qui fait la différence entre un roman et le simple résumé d’un événement. Pour respecter cette règle du « show, don’t tell« , il faut réussir à se représenter la scène de manière précise et prendre le temps de la retranscrire. Décrire le langage non verbal des personnages (par exemple, leurs expressions faciales ou leurs mouvements corporels) est bien plus efficace que mentionner leurs émotions. Il faut « montrer » et non « dire ».
7. Faites confiance au lecteur
Il est tentant de vouloir tout expliquer, tout justifier dans votre récit. Pourtant, si vous donnez aux lecteur·rice·s les éléments nécessaires pour comprendre votre histoire et que celle-ci est cohérente, il y a un certain nombre de choses qu’ils/elles peuvent deviner sans que vous leur imposiez de longs passages d’explications rébarbatives. Le cerveau humain adore décrypter et analyser, c’est bien plus stimulant que d’avoir à assimiler une foule d’informations données d’une traite. Bien sûr, c’est un équilibre à trouver, que la bêta-lecture permet justement d’évaluer.
8. Donnez à vos personnages un désir ou un objectif
Les intrigues qui ne fonctionnent pas ont souvent en commun un manque de ligne directrice et d’enjeux. Les lecteur·rice·s ne savent pas où l’auteur·rice souhaite les emmener, l’histoire semble vague et sans direction. C’est que les personnages n’ont pas de désir ou d’objectif précis. Dans une histoire, comme dans la vie, chacun désire quelque chose qu’il n’a pas, ou souhaite atteindre un objectif. Et comme « on n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie », cela crée des frustrations, des tensions et des conflits. Et c’est justement ça qui crée des péripéties, entraîne des actions. Les personnages rencontrent des problèmes et doivent trouver des solutions pour parvenir à leurs fins. Le secret est d’y ajouter des enjeux, c’est-à-dire une potentielle catastrophe s’ils n’atteignent pas leur objectif. C’est ainsi que naissent la tension narrative et le suspense, qui poussent les lecteur·rice·s à vouloir connaître la suite de l’histoire.
9. Veillez à ce que chaque scène ait une utilité dans l’histoire
Pour être un page turner, c’est-à-dire un roman addictif, une fiction doit avoir un bon rythme. Alterner les moments d’action avec des moments plus calmes. Cependant, pour ne pas ennuyer les lecteur·rice·s et les empêcher d’abandonner leur lecture, un roman ne devrait pas contenir de longueurs. Chaque scène, chaque chapitre doit être nécessaire à l’histoire, en remplissant au moins l’un de ces trois objectifs :
- caractériser les personnages : montrer leur personnalité, leur passé, ou tout autre détail qu’il est important de connaître sur eux pour bien comprendre l’histoire
- faire avancer l’intrigue : un rebondissement, une révélation, une décision…
- créer ou augmenter un enjeu / un conflit : un obstacle, les conséquences d’une action…
10. Donnez une voix propre à chaque personnage
La façon de parler des personnages ou la façon de s’exprimer du narrateur en dit beaucoup sur eux. Le vocabulaire employé, le registre de langue (familier, courant, soutenu) utilisé, les expressions, les tics de langage. Ce sont toutes ces combinaisons qui créent des voix singulières et font naître de véritables personnages de papier, plus vrais que nature. C’est un conseil difficile à appliquer, mais qui fait vraiment la différence, surtout dans le cas d’un roman polyphonique, aussi appelé roman choral. C’est-à-dire une histoire racontée par le point de vue de plusieurs personnages.
11. Soyez « cruel » avec vos personnages
Pour créer des conflits et enjeux forts, il est nécessaire de « malmener » vos personnages. Les lecteur·rice·s doivent penser qu’il est quasiment impossible que le héros ou l’héroïne se sorte de sa situation et réussisse son objectif tellement le problème paraît insurmontable. C’est ce qui leur donne la curiosité de continuer à lire pour savoir comment cela va finir. Il n’est pour autant pas forcément nécessaire d’inclure dans l’histoire des drames et de tuer des personnages. L’essentiel est de créer du conflit suffisamment fort pour créer des émotions chez les lecteur·rice·s, qui ont envie de rire, pleurer, frissonner en même temps que les protagonistes.
12. Soyez précis dans le choix de vos mots
Dire l’essentiel en peu de mots bien choisis produit toujours un meilleur effet et donne les meilleures citations. Inutile de développer la même idée sur tout un paragraphe, en la formulant de plusieurs façons, quand elle pourrait tenir en une phrase. Les redondances alourdissent le style et ralentissent l’histoire. Pour améliorer votre style, préférez l’usage de mots précis plutôt que d’une périphrase. Par exemple : n’écrivez pas « Il marchait dans la ville d’une manière lente et hésitante, comme quelqu’un qui n’était pas sûr de la direction à prendre« , préférez « Il errait dans la ville« .
13. Ne cherchez pas à écrire un premier jet parfait
Un premier jet n’est jamais parfait. Le piège est de perdre du temps et se décourager en réécrivant plusieurs fois son chapitre 1 pour qu’il soit parfait avant de passer à la suite. Il est plus efficace d’écrire toute l’histoire sans revenir en arrière et d’effectuer une relecture et une réécriture dans un second temps. Vous avez une meilleure vision de votre intrigue dans sa globalité après avoir achevé le premier jet. C’est alors le meilleur moment pour opérer des transformations.
14. Faites des sacrifices nécessaires pour le bien de votre histoire (« Kill your darlings« )
Le conseil d’écriture bien connu des anglophones « Kill your darlings« , vous invite à faire des coupes sans scrupules dans votre manuscrit pour gagner en clarté, concision, et conserver un bon rythme. Cela impliquera parfois de supprimer votre scène préférée ou un passage que vous trouviez particulièrement bien écrit. C’est ça qu’on appelle les « darlings » : vos passages chéris. On dit aussi parfois « écrivez comme un·e auteur·rice, relisez comme un·e éditeur·rice« . Adopter un regard neuf et détaché sur vos écrits vous permet de faire les meilleurs choix pour le bien de votre roman.
15. Ne comptez pas que sur vous-même pour réviser le manuscrit
Relire plusieurs fois votre manuscrit ne vous empêchera pas de passer à côté d’incohérences, d’erreurs et de fautes, aussi bien sur le fond que sur la forme. Même (et surtout !) si vous comptez publier votre livre en auto-édition, vous pouvez vous faire aider et ne pas compter que sur vous-même. Faire appel à des bêta-lecteur·rice·s et un·e correcteur·rice professionnel·le est un must pour publier un roman véritablement abouti et exempt de coquilles et de fautes de style.
Les conseils d’écriture qu’il n’est pas toujours nécessaire de suivre
Il y a aussi des conseils d’écriture que l’on entend souvent, mais qui ne sont pas toujours adaptés à tou·te·s les auteur·rice·s. En voici quelques exemples :
Supprimez les adverbes
C’est un conseil à ne pas prendre au pied de la lettre ! Il existe car l’utilisation d’abverbes à l’excès est un défaut que l’on retrouve beaucoup dans les manuscrits d’auteur·rice·s débutants. Il n’est pas nécessaire pour autant de les bannir tout à fait, l’important est de les employer avec modération. Ils sont souvent inutiles, mais parfois irremplaçables.
L’essentiel à retenir figure dans notre conseil n° 12 : l’idéal est d’employer des termes précis. Par exemple, au lieu d’écrire « Il marcha rapidement vers la porte », préférez « Il se précipita vers la porte ». Ici, l’adverbe rapidement peut être remplacé par un verbe plus précis et plus évocateur. Mais cela ne signifie pas que rapidement est mauvais en soi : si aucun verbe ne permet d’exprimer exactement l’idée recherchée, l’adverbe reste pertinent.
Écrivez tous les jours
La régularité aide, mais chacun a son rythme. Écrire quotidiennement, c’est ce que font la plupart des auteur·rice·s qui vivent de leur plume, car ils ont fait de l’écriture leur activité principale, leur métier. Cela demande beaucoup de discipline et c’est parfois difficile de s’y tenir, car la créativité ne se commande pas toujours. Même si bien sûr, la routine aide à se mettre au travail plus facilement.
Mais pour quelqu’un qui a déjà une vie professionnelle et personnelle bien remplie, il peut être difficile de se forcer à écrire tous les jours. Si l’écriture est votre loisir, elle ne devrait pas être source de stress, de pression ou de charge mentale. L’important est la régularité, et plus vous écrivez souvent, mieux c’est bien sûr, mais il faut surtout trouver une fréquence réaliste et compatible avec vos disponibilités. Écrire ne serait-ce qu’une fois ou deux par semaine est déjà très bien ! Vous pouvez aussi opter pour de plus courtes sessions d’écriture mais plus fréquentes. Trouvez le rythme qui vous convient le mieux.
Écrivez sur ce que vous connaissez
C’est un bon moyen d’écrire un roman qui « tient la route », écrit avec réalisme, car vous maîtrisez votre sujet. Ce qui limite beaucoup les incohérences et apporte de la profondeur à votre récit. En revanche, vous pouvez aussi opter pour écrire sur un tout autre sujet, que vous ne connaissez pas forcément, mais qui vous intéresse ou vous passionne. On rejoint ici notre conseil d’écriture n°3 : écrivez avant tout sur un thème qui vous tient à cœur.
Premièrement, parce que vous aurez alors la motivation nécessaire pour aller au bout de votre projet de livre. Et deuxièmement, parce que vous n’aurez pas de réticence à faire des recherches sur le sujet pour en savoir plus. L’essentiel est de veiller au réalisme de l’histoire.
Préparez un premier chapitre explosif
L’incipit in medias res (début au milieu de l’action) est parfois conseillé pour accrocher les lecteur·rice·s, par exemple afin d’éviter l’info dumping (avalanche d’informations) dans un roman Fantasy. C’est en réalité un début qui ne conviendra pas à toutes les histoires, et le premier chapitre peut aussi être intrigant sans pour autant démarrer « sur les chapeaux de roues ».
Quel que soit le type d’incipit que vous choisissez, l’important est qu’il pose un certain nombre de questions dont les lecteur·rice·s attendent avec impatience les réponses dans les chapitres suivants. C’est un des secrets pour écrire un roman « page turner« .
Planifiez l’intrigue avant d’écrire
Certes, c’est un bon conseil d’écriture, car beaucoup d’auteur·rice·s d’écriture souffrent du syndrome de la page blanche par manque de vision globale de leur histoire avant de se lancer dans la rédaction. Malgré tout, on considère qu’il y a deux types d’auteur·rice·s : les « architectes » qui ont besoin de planifier l’intrigue, et les « jardiniers » qui préfèrent planter une graine et voir ce qui pousse.
La méthode « architecte » est celle qui est susceptible de donner de meilleurs résultats, mais elle dépend surtout de la personnalité de l’auteur·rice. Certaines personnes, en effet, sentent leur créativité bridée et perdent tout intérêt si elles inventent toute l’histoire avant de l’écrire. Alors, dans ce cas, l’approche « jardinier » leur convient mieux et leur permet d’inventer l’histoire en même temps qu’elle s’écrit. Là encore, c’est à vous de déterminer ce qui vous convient le mieux.
Où trouver des conseils d’écriture ?
Les conseils d’écriture peuvent se trouver à de multiples endroits : dans des livres de narratologie, des formations d’écriture ou encore tout simplement via du contenu gratuit en ligne, comme des articles de blog ou encore des vidéos sur YouTube.
Certains conseils sont parfois contradictoires, et chaque auteur·rice a sa propre méthode, alors c’est à vous de sélectionner ceux que vous souhaitez suivre ou non !