Écrire une autobiographie : pourquoi, comment ?

Quel est le point commun entre Rousseau et Michelle Obama ? Tous deux ont écrit leur autobiographie ! Zoom sur les spécificités du genre.

L’auto-édition permet à chacun de prendre la plume et de publier des livres s’inscrivant dans des genres parfois boudés des éditeurs. C’est le cas des autobiographies et autres récits de vie.

Vous avez pris votre décision : vous souhaitez raconter votre histoire. Oui, mais voilà, vous ne savez pas par où commencer ! Nous faisons le point ici pour vous.

Le but d’une autobiographie

Avant toute chose, il est bon de déterminer pourquoi vous avez le désir de faire le récit de votre vie. Ainsi vous saurez quel objectif se cache derrière votre démarche, et comment vous y prendre pour l’atteindre. C’est une étape nécessaire pour savoir où vous allez et ne pas vous lancer dans cette aventure à tâtons.

On peut observer plusieurs raisons d’écrire une autobiographie. En voici quelques-unes. Identifiez la vôtre !

👉 Utiliser l’écriture comme thérapie

  • Se libérer d’un poids, d’un traumatisme du passé
  • Analyser son passé, mieux se connaître
  • Faire le bilan de sa vie (pour une personne âgée).

👉 Partager son expérience, délivrer un message ou des informations utiles

  • Laisser un témoignage à propos d’un sujet en particulier (maladie, parcours de vie, combat pour une cause, récit de voyage…)
  • Défendre une thèse, un point de vue, ou transmettre un message.

👉 Dresser un portrait de soi destiné aux autres

  • Accéder à la postérité par l’écrit (par exemple laisser une trace de soi pour ses petits-enfants, arrière-petits-enfants…)
  • Faire connaître sa personnalité et son parcours à sa communauté (lorsqu’on en a une)
  • Se justifier, se défendre (c’est souvent le cas pour les célébrités ou personnes médiatisées qui souhaitent répondre publiquement à des accusations).

👉 Utiliser ses souvenirs comme matériau de fiction

  • Écrire un roman sur ce que l’on connaît le mieux : soi ! Utile quand on est en panne d’inspiration, ou que l’on a le souci du réalisme des décors et des émotions.

« Mon autobiographie avance rapidement. Je m’enfonce dans les confidences comme un malade s’enfonce dans la boue qui le guérira. »

Julien Green

Les frontières du genre autobiographique

Autobiographie, mémoires, journal intime : est-ce la même chose ? La littérature de l’intime et l’écriture de soi englobent de nombreux (sous-)genres et il n’est parfois pas évident de s’y retrouver ! Passons en revue brièvement les différences entre chaque notion.

L’autobiographie : c’est le terme générique pour parler d’un récit rétrospective en prose de la propre existence de l’auteur.rice.

Les mémoires : l’auteur.rice se focalise ici davantage sur ce qu’il/elle a vécu au lieu de dresser son portrait. Généralement, les mémoires ont pour but de témoigner d’une époque ou d’un contexte politique, par le biais de souvenirs personnels.

Le journal intime : la caractéristique principale du journal est le fait que les textes soient datés. Le récit est discontinu, composé de fragments. Il peut s’agir de pensées et réflexions sur un sujet, d’anecdotes racontées au jour le jour.

Le témoignage : il ne s’agit pas là pour l’auteur.rice de raconter sa vie de A à Z, mais bien de se focaliser sur une expérience de vie ou un parcours sortant de l’ordinaire, qui saura intéresser les lecteur.rice.s. Cela peut être son combat contre une maladie, par exemple. Le but est d’aider les personnes qui se trouvent dans le même cas, ou bien de sensibiliser à cette problématique sociétale. Nous écrirons bientôt un article dédié à ce genre !

Le roman autobiographique : il s’agit d’une fiction mais l’auteur.rice s’est largement inspiré.e de lui/d’elle ou de sa vie pour bâtir son personnage principal et son histoire. Il est souvent difficile pour les lecteur.rice.s de différencier le vrai du faux.

L’autofiction : au contraire du roman autobiographique, l’autofiction a pour personnage l’auteur.rice en personne mais les faits racontés peuvent être fictifs. Là encore, la frontière entre réel et fiction est floue.

Maintenant que la lumière est faite sur les différences entre chaque genre, vous allez pouvoir choisir celui qui correspond le mieux à vos envies, et respecter les codes qui le caractérisent.

« À l’heure actuelle, je ne sais plus très bien ce qui, dans mes romans, relève de l’autobiographie ; je suis par contre très conscient que cela n’a plus aucune importance. »

Michel Houellebecq

Qu’est-ce qui fait le succès d’une autobiographie ?

La personne qui la publie

Une bonne autobiographie est celle qui attise l’intérêt et la curiosité du lecteur. Par exemple, si vous êtes quelqu’un de relativement connu, ou du moins possédant déjà une communauté qui vous admire pour quelque chose en particulier (votre carrière professionnelle, sportive, créative etc.), celle-ci sera peut-être intéressée pour savoir comment vous en êtes arrivé.e là, quelles ont été les circonstances propices à votre succès.

L’histoire racontée

Un ouvrage de témoignage peut être intéressant pour les personnes confrontées à la même problématique que vous. Les lecteur.rice.s sont alors en quête d’un retour d’expérience, éventuellement de conseils, ou simplement d’un message d’espoir.

Les secrets de famille, les faits divers insolites et autres histoires rocambolesques sont également des thématiques qui suscitent la curiosité des lecteur.rice.s. L’étiquette « histoire vraie » peut être attrayante, c’est d’ailleurs toute une réflexion que l’autrice Delphine de Vigan porte sur le sujet dans son œuvre D’après une histoire vraie. Tout au long du roman, l’on ne cesse de se demander si cette histoire incroyable est vraie ou si l’autrice se joue de nous. Elle interroge : le « vrai » fait vendre, mais finalement, la véracité des faits racontés est-elle si importante ? N’est-ce pas simplement le plaisir de la lecture qui compte ?

La façon de raconter

Et justement, c’est notre prochain point : votre autobiographie doit être agréable à lire. Quel que soit le contenu de votre livre autobiographique, veillez à bien sélectionner les événements/anecdotes à incorporer à votre récit. Faites le tri : tout n’est peut-être pas pertinent à raconter et vous ne voulez pas que votre lecteur.rice s’ennuie.

De même, n’hésitez pas à travailler votre style. La forme est aussi importante que le fond ! Votre jolie plume sera un argument de plus pour continuer à tourner les pages de votre livre. Il est vivement recommandé d’utiliser des techniques narratives.

En effet, il s’agit certes de faits réels, mais rien ne vous empêche de les raconter comme s’il s’agissait d’un roman : décrivez vos proches comme s’ils étaient des personnages de fiction, retranscrivez les dialogues de manière vivante, etc.

Vous pouvez même insérer du suspense. Celui-ci n’est pas réservé aux polars et aux thrillers ! Il suffit de laisser quelques questions en suspens pour donner à votre lecteur.rice l’envie de poursuivre sa lecture pour en connaître les réponses.

« Écrire ses Mémoires est une opération à cœur ouvert, où il faut que le patient soit tellement lucide que, par un jeu de miroirs, il suive tout le processus de l’opération, car il est aussi le chirurgien. »

Raymond-Léopold Bruckberger

Quelles sont les erreurs à éviter ?

Écrire les souvenirs au fil de la plume

L’erreur courante consiste à tout raconter « en vrac », sans fil conducteur, sans tri des événements à raconter, ce qui peut donner un effet « liste ». Si vous vous focalisez sur votre parcours professionnel et son succès, par exemple, votre lecteur.rice n’a pas envie d’avoir l’impression de lire un CV détaillé ! Il vous faut identifier ce qu’il ou elle cherche dans votre texte, comment éveiller son intérêt. Et bien sûr, rendre votre texte vivant.

Briser le pacte autobiographique

Qu’est-ce que ce vilain mot (inventé par Philippe Lejeune) ? C’est tout simplement le pacte implicite que vous passez avec la personne qui vous lit dès lors que vous présentez votre ouvrage comme étant une autobiographie. Vous vous engagez en effet à livrer un récit authentique et fidèle à la réalité. Enjoliver les choses ou transformer la réalité pourrait rompre le lien de confiance qui s’est installé avec votre lecteur.rice. Attention également à ne pas tomber dans le narcissisme, qui pourrait agacer à la lecture.

Si votre texte est simplement inspiré de votre vie, mais n’en est pas le récit fidèle, dans ce cas, présentez votre livre comme un roman. Vous pouvez préciser (ou non) que certains éléments sont autobiographiques, mais votre lecteur.rice saura d’emblée qu’il s’agit essentiellement d’une fiction.

Franchir les limites de la vie privée

Le dernier point concerne la délicate question de l’intimité. Peut-on tout dire dans une autobiographie ? Vous concernant, la réponse est oui, même s’il faut garder à l’esprit que rendre publiques des informations intimes peut ensuite vous porter préjudice. Posez-vous la question : êtes-vous à l’aise avec l’idée que vos proches, vos collègues ou encore votre employeur lisent votre texte ?

Concernant les informations que vous révélez sur votre entourage, ou des personnes réelles, il convient d’être très vigilant.e. Si les personnes sont identifiables dans votre récit, et que le portrait que vous faites d’elles est peu flatteur, vous encourez le risque d’être poursuivi.e pour diffamation. Retrouvez davantage d’informations dans notre article dédié à cette problématique : Puis-je utiliser une personne réelle dans mon roman ?

« Si tu écris ta vie, chaque page devrait apporter quelque chose dont personne n’a jamais eu vent. »

José Corti

3 exercices d’écriture de soi pour se lancer

✍ L’abécédaire

Imaginez un dictionnaire qui ne parle que de vous. À chaque lettre correspond un mot qui se rapporte à votre vie : cela peut être le nom de la ville dont vous venez, un objet lié à un souvenir en particulier, votre pays préféré. Écrivez en quelques lignes la définition toute personnelle que vous en feriez, puis passez à la lettre suivante. Généralement, l’humour est le ton adopté pour donner à cet abécédaire tout son charme ! Grâce à cet exercice, vous obtiendrez un petit recueil original de souvenirs. Il peut vous aider à rassembler le « matériau » nécessaire à l’élaboration d’une véritable autobiographie.

Exemple :

A comme Angers : 1. Contrée inconnue, si ce n’est pour sa douceur. 2. Décor de la moitié de mon existence.

B comme Bavardages : Ce dont on ne m’a jamais accusée en classe !

C comme Chocolat : Carburant noir de mes nuits blanches.

✍ Les inventaires

L’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) en raffole : les listes de choses et autres inventaires. Je me souviens de Georges Perec en est l’exemple parfait : l’écrivain y liste de courts souvenirs. Hubert Haddad, dans Le Nouveau Magasin d’écriture, donne de nombreux exemples d’inventaires. Faites par exemple la liste de vos :

  • objets perdus
  • premières fois
  • plaies et des bosses
  • trahisons minuscules mais inconsolables
  • chats (ou autres animaux que vous avez eus dans votre vie)
  • objets et papiers que vous portez sur vous (poches et sac à main)…

N’hésitez pas à libérer votre créativité ! Les listes sont un bon début pour faire jaillir les souvenirs. Elles sont utiles à celles et ceux qui voudraient écrire leur autobiographie sans savoir par où commencer.

✍ La photo

Retrouvez une photo de vous et écrivez un texte pour la décrire, en développant le contexte : qui la prise et pourquoi ? que s’est-il passé ce jour-là ? comment vous sentiez-vous ? Racontez cette histoire comme s’il s’agissait d’un roman, en utilisant les 5 sens pour rendre le récit plus vivant. Si vous n’avez pas de photo, remémorez-vous l’image précise d’un souvenir de vous et décrivez-le comme si un cliché en avait été pris.

Exemple :

L’ambiguïté déterminante de l’image, elle est dans ce chapeau.

Comment il était arrivé jusqu’à moi, je l’ai oublié. Je ne vois pas qui me l’aurait donné. Je crois que c’est ma mère qui me l’a acheté et sur ma demande. Seule certitude, c’était un solde soldé. Comment expliquer cet achat ? Aucune femme, aucune jeune fille ne porte de feutre d’homme dans cette colonie à cette époque-là. Aucune femme indigène non plus. Voilà ce qui a dû arriver, c’est que j’ai essayé ce feutre, pour rire, comme ça, que je me suis regardée dans le miroir du marchand et que j’ai vu : sous le chapeau d’homme, la minceur ingrate de la forme, ce défaut de l’enfance, est devenue autre chose.

Marguerite Duras, L’Amant (exercice tiré du livre Ateliers d’écriture mode d’emploi, de Odile Pimet et Claire Boniface).

« Depuis que j’écris, je compose mes souvenirs. »

Pierre Mac Orlan

3 autobiographies parues chez BoD

📖 Un enfer scolaire, de Matthieu Mériot

Un témoignage précieux sur le harcèlement scolaire. Et la preuve que l’on peut prendre la parole et s’exprimer à travers un livre quel que soit son âge !

📖 Mon voyage au bout du Covid-19, de Serge Reeg

L’auteur raconte sa course contre la mort dans ce livre plus que jamais d’actualité. Une femme, Nicole Laugel, lui a apporté son aide en lui prêtant sa plume.

📖 Le bonheur en partant a dit qu’il reviendrait, de Cindy Bouquemont

Les premières lignes du livre sont à propos :

« Il est midi. Jean-Luc Reichmann, présentateur du jeu Attention à la marche, pose la question aux candidats :
– Sur cent Français, combien pensent que leurs vies pourraient faire l’objet d’un livre ?
La tête dans le sachet de Curly, je m’interroge. Est-ce que ma vie serait assez intéressante pour être racontée ? Que pourrais-je bien écrire ? »

Finalement, l’autrice réalise que oui, il y a bien une expérience de sa vie qu’elle pourrait partager : le deuil périnatal. Son livre est un véritable message d’espoir pour les parents endeuillés.


Merci pour votre lecture ! N’hésitez pas à commenter ci-dessous si des questions vous viennent au sujet de l’écriture de votre autobiographie 👇

Autrice

Caroline Duchesnes

Correctrice pour des maisons d’édition et elle-même autrice, Caroline est adepte des ateliers d’écriture et lit tout un tas d’ouvrages sur l’art d’écrire. Elle aime partager ses connaissances en rédigeant des articles de conseils d’écriture sur le blog de BoD.

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